16.04.2007
Où le capitalisme devient "destructionisme"
Il semble que nous sommes arrivés à une période charnière du capitalisme. Celle où l’on atteint une limite spirituelle. La destruction des valeurs les plus profondes des anciennes mœurs. La libéralisation de la pensée ne s’est en effet pas accompagnée de la libéralisation simultanée des actes et du comportement. Surtout, il semble que de projets de construction, de société, on soit passé à des projets de croissance et de rentabilité.
Le système capitaliste n’a en effet pas proposé d’autre alternative que l’argent comme projet humain. Pour exemple, la paix en était un, mais lorsqu’on voit – quand ce n’est pas de guerre ou de terrorisme qu’on parle – les joutes économiques auxquelles se livrent les entreprises ou états et que l’on dénomme par pudeur « concurrence », on s’aperçoit vite que la paix a déserté les objectifs des groupes humains au pouvoir. Car l’adversité a pris le nom de concurrence, et si les victimes ne meurent plus directement, elles s’éteignent à petits feux, se faisant dévorer au moins la conscience, si ce n’est l’esprit en son entier par un système qui lui impose de devoir gagner de l’argent. Et ses ressources mentales doivent toutes être tournées vers ce souci qui, si l’individu ne le résout, sera résolut par un autre.
Peu importe qu’une entreprise en « tue » une autre, ce qui importe, c’est qu’elle marche, qu’elle génère du bénéfice, du cash, et moins de personnes travailleront pour elles (souci de rentabilité), plus les bénéfices redistribués seront importants pour l’actionnariat, le véritable dirigeant de l’entreprise.
Voyez ainsi : une entreprise trouve un moyen de produire moins cher un même produit qu’une autre, de ce fait, elle s’attribue le marché dans une très large part. L’autre entreprise n’a alors d’autre alternative que de licencier pour faire face à cette perte de revenus. Et, puisque la première entreprise a été capable de répondre à cette demande, c’est qu’elle n’a nul besoin d’embaucher davantage pour répondre à cette demande. Dès lors, les employés de la seconde entreprise se retrouveront au chômage, sans aucune garantie de retrouver du travail et donc de vivre décemment. De plus, avec leur perte de revenus conséquente, ils ne pourront subvenir aux nouveaux besoins qu’a forcément générés une société basée sur l’innovation dans un souci de création de l’envie. Car là se situe le fondement du capitalisme : la génération de nouveaux besoins. En effet, la croissance ne peut se nourrir que d’elle-même au bout d’un moment – les ressources ne sont pas inépuisables – et si l’on veut que la courbe soit ascendante, il convient de ne produire aucun bien durable (les revenus doivent être réguliers) pour renouveler le marché en permanence, ou alors, créer de nouveaux produits sensés générés un « mieux-être », un sentiment de supériorité sur ceux qui ne les détiennent pas.
Pour en revenir à ces salariés dépossédés de leur source de revenus, aucune importance après tout ; pour la majorité, ce travail ne signifiait rien d’autre qu’un salaire, le boulot en lui-même les désintéressant tout à fait. Mais c’est l’argent qui fait vivre ! Comment vont-ils faire pour payer le loyer, la facture d’électricité, la bouffe et s’acheter des fringues parce qu’ils n’ont « plus rien à se mettre » ?! Cela est si bien ancré dans nos mentalités, que nous n’aurons même pas pensé à retourner la question dans l’autre sens : les ressources sont disponibles, alors pourquoi payer un loyer, une facture d’électricité, à manger, et s’acheter des habits ? Pourquoi en effet ne nous posons-nous pas ces questions ?
Les voilà posées, mais comment concevoir un monde sans argent ? Imaginez une seconde que l’argent disparaisse. Qu’adviendrait-il ? Vous ne le savez pas. Moi non plus. Ce serait l’anarchie, la loi de la jungle (mais après tout, était-elle aussi éloignée que la loi de l’argent ? C’est toujours les gros qui mangent les petits…). Mais imaginez maintenant un monde disposant de notre savoir-faire, disposant de notre faculté à produire et à communiquer, mais un monde où la structure même de la société serait différente, un monde où les banques, les assurances et les factures n’existeraient tout simplement pas. Un monde où les échanges existeraient, mais les échanges humains et nécessaires (soigner, produire de la nourriture,…).
Un tel monde est impossible… pas sûr, pas si l’on balaie de son esprit que nous vivons dans un monde dont nous ne pouvons nous extraire. Car nous nous faisons traire, mais notre lait n’abreuve pas nos petits, il abreuve les « grands », les dirigeants. Nous sommes des vaches à lait et nos pis sont des portefeuilles que nos dominants remplissent eux-mêmes avant de nous soutirer le lait à nouveau. Seul moyen de maintenir un équilibre entre leur position de pouvoir et la nôtre, de soumission. Ils nous donnent à manger, nous n’allons pas leur en vouloir ?! Mais regardez nos bennes à ordures surchargées, nos décharges qui vomissent… Il n’y a qu’à se servir (n’est-ce pas l’activité la plus prisée dans les banlieues de tôle où l’on s’alimente avec les denrées désormais polluées des plus riches ?) ! Et il y en a pour tout le monde, nous avons le savoir et les capacités de production nécessaires pour nourrir tout le monde ! Toutes ces choses soi-disant périmées que l’on asperge au javel pour les rendre impropres à la consommation (en gaspillant du javel en plus !), ces choses qui ont un léger défaut, ces choses que l’on envoie à la casse sans même savoir si elles pourraient servir à d’autres ! Tous ces gosses qui crèvent de faim, ces bidonvilles qui s’entassent quand nous nous plaignons qu’il fasse trop chaud en plein hiver ; que nous nous plaignons d’avoir mal au ventre parce que nous avons trop mangé… Pourtant nous nous plaignons ! Nous ne voulons pas de ça ! « Tenez, hier j’ai encore été choqué, je regardais le jité, et j’ai vu qu’on faisait travailler des gosses dès l’âge de six ans en Asie, quand ils ne doivent pas se prostituer pour nourrir leur famille. C’est dégueulasse de voir ça, ça me répugne… » Ben alors ?! Que fais-tu ?! Tu zappes… normal. Et tu repars travailler pour t’acheter les vêtements qu’ils ont fabriqué et te payer des vacances dans un hôtel de luxe là-bas.
Alors que tout est là ! Nous avons tout à portée de main pour leur permettre de ne pas travailler dès six ans et nourrir toute la famille ! « Oui, mais il me reste un prêt à rembourser, je ne peux pas m’arrêter de travailler maintenant, après, quand j’aurais le temps, là je m’investirais et pourrais aider tous ces pauvres gens ».
Tu n’es pas à plaindre, mais tu te plains quand même… Et tu as raison ! mais pas pour les bonnes raisons… Vois-tu comme on t’abuse ?! Comme on te contrôle ?! C’est peut-être ton désir après tout, mais fais la somme des désirs que tu peux assouvir et ceux que tu ne peux pas atteindre… Comment finalement pourrais-tu être heureux quand tant te reste à avoir ? Le bonheur n’a pourtant aucun prix, et tu n’as besoin de rien, ou presque, pour le toucher du doigt. Une fois tes besoins primaires satisfaits, il te reste bien le droit de te livrer à d’autres activités plus ludiques et/ou constructives ! Des activités qui te font exister !
Mais ce n’est ni faire du shopping, ni regarder une émission navrante qui te ravi, ça, c’est ce qu’on t’a appris, ce qu’au plus profond de l’enfance on t’a inculqué. On t’a appris à devenir consommateur et profiteur (« profite de l’instant », « il faut profiter de la vie tant qu’on peut », « l’essayer ? c’est l’adopter. », « Just buy it »), on t’a appris à compter d’abord des bonbons, puis des jouets, puis de l’argent. Et une fois qu’on t’a appris à compter de l’argent, on t’a dit : regarde, ça, ça vaut 10 euros, ça, c’est cher, ça vaut 150 euros. Alors quand on t’apprend dans le même temps à écrire et qu’on t’apprend à commencer tes lettres pour écrire à tes amis ou tes parents par « Cher papa », « Cher ami », forcément, on finit par ne plus faire trop la différence entre l’humain et la marchandise. Marché de fruits et légumes et marché du travail, en économie, c’est pareil, ça répond aux lois de l’offre et de la demande. Et un vaurien, c’est dès lors quelqu’un qui ne nous apportera rien – entendez par là que sa fréquentation n’est pas profitable pour notre personne. D’ailleurs ne doit-on pas étendre son réseau de connaissances, afin d’avoir des appuis, des soutiens, des « amis » qui pourront nous servir ? Faire des relations publiques ?
Répétez vous ces notions de partage, de don, d’équité, d’amour que l’on t’enseigne… Qu’est-ce donc quand il s’agit d’arriver premier de la classe ? Quand ce qui compte c’est de faire le meilleur score? Quand il s’agit de gagner ? Le tout est de te faire croire que si tu fais un don à une œuvre caritative, tu fais un geste en faveur des plus démunis, tu permets à certains de vivre mieux, de satisfaire leurs besoins primaires, tout en retournant travailler tranquillement le lendemain, réaliser une tâche qui n’a d’autre raison d’être que de gagner de l’argent. Comme faire une prière ou partir en vacances : que changes-tu au monde ? Tu as donné, c’est bien, l’argent a permis à un petit malgache d’acheter un cahier pour apprendre à lire et à compter, c’est bien, mais ensuite ? Qu’est-ce que cela change au fond ? As-tu aidé ton prochain quand tu lui permet d’apprendre qu’avec l’argent tu peux avoir et qu’avoir c’est vivre mieux ? Quand tu sais que grâce à ta productivité au travail, cela augmentera les profits de ton patron mais finalement pas ton salaire ? Car les besoins primaires de ton pays sont largement satisfaits puisqu’il exporte, même des produits inutiles comme des bijoux ou des manteaux de fourrure ? Alors, imagine que les ressources actuelles en main d’œuvre et en moyens matériels soient uniquement tournées vers la satisfaction des besoins primaires de l’espèce en son entier… N’avons-nous pas de quoi les satisfaire quand on peut fabriquer des fusées, des bombes et des missiles ? Quand on peut se permettre de fabriquer des télévisions, des portables et des parures ?
Alors ne les plains plus, ne donne même plus, ne geins plus parce que tu vois des horreurs à la télé. Tu n’en as pas le droit. Sois honnête, d’abord avec toi-même, car ce monde-là, c’est toi qui le façonne en acceptant ta condition d’inutile producteur-consommateur.
Maintenant, revenons-en à ce monde sans argent dont nous parlions. Nous l’avons vu, les moyens dont dispose l’humanité dans son ensemble sont suffisants pour tous. Cependant me rétorquerez-vous, il restera toujours ce problème de la « nature humaine » : l’homme aura toujours envie de faire la guerre, aura toujours soif de pouvoir, aura toujours cette violence en lui… En êtes-vous si sûrs ? Que savons-nous de la nature humaine ? Qu’en savons-nous réellement ? Que l’homme a toujours été un prédateur, que ses sociétés se sont de tout temps hiérarchisées, que des nations se sont toujours formées et qu’elles s’entredéchiraient,…
N’est-ce pas ce que l’on vous a appris ? Mais est-ce vrai ? Est-ce La vérité ? Qu’est-ce qui le prouve ? La science ? L’histoire ? Il suffit de se faire auditeur des débats qui animent les scientifiques pour se rendre compte d’une chose : que l’on est sûr de rien. Pourtant, une théorie comme celle de Darwin que l’on nous enseigne dès le primaire fait office de vérité. Alors que dans les faits, elle est très largement controversée. L’histoire ? C’est bien simple, prenez un manuel du début du siècle et regardez cette même théorie : elle n’y figure même pas. Alors ? Qui détient ces preuves de la nature humaine ?
On me répondra dès lors que la nature évolue et que même si, par hasard l’homme n’avait pas toujours été ce prédateur, ce tueur, cet expansionniste, force était de constater qu’il l’était depuis des siècles. Dans ce cas, pourquoi ne pas essayer de la changer ? La faire évoluer encore ?
Quand bien même notre nature profonde aurait un fond « mauvais », ne pourrait-on pas essayer de faire en sorte que le moins possible d’êtres humains aient à en souffrir ? Ne pourrions-nous faire un effort en ce sens ?
Si tous les besoins peuvent être satisfaits, si nous sommes capables d’évoluer, qu’est-ce qui nous retient de changer ? Nous. Plus seulement hommes, mais individus. Car cela aussi est une croyance de plus en plus établie, que l’homme demeure un loup pour son frère. Et qu’en cela, nous devons nous protéger, nous sécuriser. Car on ne te fera pas de cadeau, « ne fais confiance à personne ». Voilà un bel adage qui nous renvoie à un autre : « diviser pour mieux régner ».
On nous l’a appris aussi. « protégez vos enfants », « les tueurs ressemblent à n’importe qui », « ce pourrait être vous »,… Or, qu’est-il de moins sécuritaire que de voir des forces de l’ordre ? Cela ne veut-il pas dire : méfie-toi, si je suis là, si tu me vois, c’est qu’il y a danger ? Allons donc ! ils nous protègent… De qui ? De quoi ? Nous n’en savons rien, ce sont les journaux qui nous le dirons, si toutefois cela leur permet un score d’audience... Et si nous n’avons pas de réponse dans les journaux, à ce pourquoi ils étaient là ?, eh bien il ne nous reste plus qu’à nous poser la question : et si c’était nous-mêmes ?, s’ils avaient été là pour nus protéger de nous-mêmes ? car après tout, « ce pourrait être nous » ! Et voilà l’étau qui se referme un peu plus… Il FAUT se protéger, le danger est partout.
Et nous devenons dès lors individus. Des personnes seules, luttant pour leur portefeuille et leur survie. Et revenons au fameux « Ne fais confiance à personne »… Qui nous conseille cela, si ce n’est quelqu’un qui sait qu’il peut trahir son prochain ?
Nous avons bien appris nos leçons en fait, nous aurons une bonne note et pouvons dormir tranquille – en espérant que ce qu’on a vu à la télé ne viendra pas réveiller notre inconscient pour nous donner des cauchemars…
Et ce fameux monde sans argent ?! Au risque de me répéter (et je le fais), nous avons tous les moyens d’assouvir les réels besoins de subsistance de l’humanité, à savoir fournir nourriture, eau, soins et logement à chaque être humain. Nous avons également le pouvoir d’abolir les frontières et d’instaurer une libre-circulation des produits et personnes – attention, nullement dans la logique libérale. Cela nous le pouvons. Seulement, quel dirigeant de ce monde l’accepterait quelle instance dirigeante y trouverait son intérêt ? Aucun probablement, car cela remettrait en cause leurs privilèges et leur pouvoir, et ça, ils ne sauraient l’accepter. Mais qu’est-ce qui nous retient de changer cela ? La crainte, la peur, et jusqu’à la terreur. Ils ont des armes ! Ils maîtrisent des bataillons entiers à leurs ordres !
Et puis, une fois encore, on nous a appris à craindre et « respecter » le pouvoir. C’est dans nos têtes depuis que nous avons l’âge de comprendre le langage. « Ne vole pas, sinon la police viendra te chercher et tu iras en prison. » Alors que les prisons et la police n’ont pas toujours existé. Il est des individus dont on ne pourra jamais empêcher qu’ils représentent une menace pour le reste des individus. Nous sommes tous différents, et parmi ces différences existent chez certains une propension à piétiner l’autre. Mais plutôt que d’enfermer ces individus, ne serait-il pas préférable de les réinsérer, leur apprendre à vivre parmi nous et non à l’écart ? Comment ? A nous d’y réfléchir, sachant que la lobotomisation n’est pas acceptable, ce serait gommer les particularités d’un homme qui n’en serait dès lors plus un. En revanche, l’apprentissage permettrait cela. Bien évidemment pas l’apprentissage tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, et qui répond au cahier des charges des instances dirigeantes. Cette éducation-la reste à déterminer.
04:40 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : destructionisme, capitalisme, ordre, pouvoir, politique, loi, éducation


