16.04.2007

De l'Homme au produit de consommation

L'homme occidental a créé l'économie de marché. Il s'agit, moyennant une valeur représentée par l'argent, de s'échanger des produits de consommation courante. Ainsi, une baguette de pain ne vaut plus trois œufs, mais trois œufs et une baguette valent 60 cts d'euro chacun. Cette forme d'économie s'est développée, organisée, normalisée pour devenir mondiale. L'homme fournit un travail permettant la production à grande échelle. En contrepartie, il reçoit salaire et/ou bénéfice, lui permettant d'acheter les produits dont il a besoin ou qu'il désire.

A force, le système prenant de l'ampleur, l'homme s'est vu devenir rouage d'entreprises omnipotentes, souvent contrôlées elles-mêmes par des consortiums financiers détenant des titres de propriétés ayant une valeur pécuniaire.

Si bien que l'homme a fini par déléguer tous les pouvoirs de décision, non pas à des chefs d'entreprise, ni à de quelconques personnes humaines, mais à l'argent lui-même. La rentabilité étant au firmament des préoccupations entrepreneuriales, mais aussi des masses salariées.

Parce que l'homme est devenu, donc, rouage de son système, il n'en est plus le cerveau. Ou plutôt, son cerveau ne pense qu'argent : on ne fait plus rien si ça ne rapporte pas. Même l'oisiveté doit être utile à la production financière. Le marché du travail en est le meilleur exemple : les hommes sont considérés comme marchandises, et nul ne peut se targuer d'être indispensable. Le but étant de produire de l'argent, à tous les niveaux, même les chefs d'entreprises les plus importants, comme les individus aux revenus les plus minimes voient leur fonction supprimée, ou être occupée par un autre. Le travail n'étant plus réellement utile (sauf pour "faire de l'argent"), le travailleur ne l'est plus non plus.

Jetable et interchangeable, l'homme est le nouveau produit de consommation de la société. De toutes façons cela lui est égal, il ne travaille pas pour le plaisir, ni parce qu'il se sent investi d'une mission, mais pour gagner de l'argent. Avant que l'argent ne le perde…

C’est pour ça qu’il faut agir ! Mais agir ne veut pas dire s’emballer dans toutes les directions, il faut focaliser un minimum son attention pour prendre le problème à sa racine. Car à quoi servirait d’intenter des actions si c’est pour les voir étouffées dans l’œuf parce que l’aspect financier est à privilégier et que les sirènes chantent de toutes parts pour nous endormir… Mettons des boules quiès, fermons la porte aux indésirables cris d’une société ne vivant que pour elle, sans souci de l’individu. Et attaquons-nous à la difficulté majeure de ce capitalisme intériorisé par tous : l’argent, le souci de l’argent.

S’il est un monstre à mille têtes qui repoussent c’est bien lui, mais il a forcément un point faible, un talon d’achille. L’homme n’est pas Dieu, l’argent non plus, il n’est pas immortel, et pour pouvoir le chasser dans sa tanière, il faut bousculer les consciences, soulever l’inconscient.

C’est pourquoi ici, je voudrais que toutes et tous se lancent dans une création utopique où chacun apporterait sa pierre. Il ne s’agit point de concret ici, mais de jeter tous nos ingrédients respectifs pour faire émerger de ce bouillon d’idées indigestes, une succulente préparation culinaire. Car au fond de nous, nous avons des idéaux propres, et en chacun d’eux se situent des parties réalisables. Des parties auxquelles d’autres n’auront pas pensé, ces mêmes autres qui détiennent peut-être l’étincelle qui embrasera nos idées, permettant leur concrétisation.

Ne baissons pas les bras face à ce fléau qui veut tisser ses liens jusque dans nos âmes. Alors rêvons, rêvons à ce monde sans argent, ou rêvons à un monde dans lequel l’argent aurait la place qui doit lui être dévolue : il resterait – un moyen.